Chantiers archéologiques

Carte:

Departement:
Nord
Commune:

Lille

Nom du chantier:

Avenue du Peuple Belge

Description courte:

Évolution de la courtine ouest du Château de Courtrai (XIIIe-XVIe s.)

Description:

Dans le cadre de la construction d'un immeuble d'habitations au 14 avenue du Peuple Belge à Lille (59), un diagnostic dirigé par Ludovic Debs (Inrap) a permis de mettre en évidence une partie des vestiges fortifiés du château de Courtrai. Celui-ci laissait entrevoir un mur d'une épaisseur de 7,50 m. Les deux autres sondages du diagnostic avaient quant à eux mis au jour la présence d'éléments bâtis de cave ainsi qu'une importante épaisseur de remblais particulièrement instables. Des sondages géotechniques réalisés en amont de l'opération, à la demande de l'aménageur, avaient permis d'établir le même constat.

 

La fouille dirigée par Baptiste Marchand s’est déroulée de la fin du mois d’avril 2017 au début du mois de juin 2017 sur une superficie fouillée réduite à 170 m² en raison des contraintes techniques imposées par la proximité du bâti existant, l’épaisseur des remblais et la configuration de l’emprise. Plusieurs phases de décapage et de fouille ont permis de mettre au jour une portion de la courtine occidentale du château de Courtai connu, d’un point de vue archéologique, depuis la fin des années 1980 grâce une série de travaux menés essentiellement par Gilles Blieck et, au début des années 1990, par Catherine Monnet.

Nombreux sont les articles, les travaux de recherche ou universitaires et les ouvrages traitant de l’histoire du château de Courtrai depuis sa construction jusqu’à son démantèlement. La construction du château de Lille dit de Courtrai est à rattacher au contexte particulier des relations du comté de Flandre et de la couronne de France à la fin du XIIIe siècle. Considéré comme une citadelle avant l'heure, le château est bâti au nord de la Basse-Deûle à l'écart du maillage urbain et à une position stratégique permettant notamment de protéger l'accès à la ville par le nord et de contrôler la ville et ses habitants tout en restant à l’abri de ces derniers au sud. Sous Philippe le Bel, la campagne de travaux menée entre 1298 jusqu'au siège de la ville par les troupes comtales en août 1302 aurait porté sur l'élévation du château qui n'aurait peut-être été alors constituée que d'une levée de terre palissadée. Ce n'est que sous le règne de Philippe VI de Valois, au cours des années 1330, que le château prendrait sa forme définitive, les textes mentionnant la présence de maçonneries n'apparaissant qu'à partir de cette période. Par la suite, différentes phases de réparations et de travaux de plus ou moins grande ampleur interviendront régulièrement au cours des XIVe-XVe siècles.

La première étape de l'exploration de la courtine a permis de la dégager dans son épaisseur totale et de mettre au jour différents éléments de bâti moderne et contemporain s’appuyant directement ou perçant cette dernière. Il est apparu distinctement lors de la fouille deux états de construction ainsi que l'amorce d'une tour semi-circulaire flanquée sur la courtine.

L'appareillage complet, mesurant environ 4 m de large, a pu être défini, malgré une conservation très partielle suite à des récupérations. Il comprend donc un blocage en calcaire secondé par une épaisseur de briques avant un parement de blocs de grès du côté de l’escarpe, l'ensemble étant lié d'un mortier sableux vert.

Le parement intérieur, présentant un état de conservation inégal ayant également fait l'objet de récupérations, a été dégagé sur une élévation maximale de cinq assises. Il laisse apparaître un appareillage en calcaires réguliers et disposés en boutisses et en carreaux. Les moellons constituant l'empattement de l'intérieur du mur de courtine ont conservé des traces d'outils et des marques variées. La coupe dans la courtine médiévale a permis de marquer, pour le parement intérieur, une fondation calcaire en gradins surmontée par un parement droit. Le blocage est composé de blocs de calcaire incorporant quelques briques d'ajustement. Elle a également été l'occasion de vérifier l'existence potentielle de pieux de fondation sous la maçonnerie, exploration qui s'est révélée négative.

Le dégagement de la tour sur toute la hauteur de son élévation préservée a permis d'observer la présence en place de la première assise du talus maçonné en blocs de grès placés en boutisses (qui se poursuit le long du mur de la courtine) et de restituer le tracé semi-circulaire de la tour de flanquement et, par conséquent, son positionnement par rapport à sa fondation en forme de cavalier d'une longueur de 11 m.

 

À partir du XVIe siècle, le contexte politique, économique et social se complexifie et se durcit. La présence oppressante des troupes espagnoles poussées par une volonté de maintien du pouvoir et de l’influence de la Couronne d’Espagne conduit à de nombreux heurts et tensions notamment avec la population. Les conditions propices à un nouveau conflit ouvert et la perspective de nouvelles exactions conduisent la magistrature de Lille à proposer un accord au gouverneur général espagnol. En échange du maintien de la religion catholique et d'une promesse d'obéissance à Philippe II, celle-ci demande le démantèlement du château de Lille, le but étant d'éviter que des troupes n'y tiennent garnison et se mettent à piller, saccager, brûler la ville. Le démantèlement est acté le 21 octobre 1577 et commence par le côté naturellement le moins exposé à savoir la courtine sud.

Les représentations iconographiques et les plans dont nous disposons illustrent parfaitement ces ultimes changements. À titre d’exemple, sur le plan du château dit de Munich, la courtine sud est en cours de démantèlement et de réaménagement afin de faciliter l’accès au quai du Rivage. De même, sur le plan de Blaeu (1649) illustrant la nouvelle enceinte urbaine, seuls les fossés mis en douves ont été conservés et permettent de situer l'ancien emplacement du château dans la nouvelle trame urbaine.

Le second état de la courtine du château vient se greffer au premier, la distinction s’opérant notamment par l'emploi d'un mortier de chaux beige venant lier le blocage composé de calcaires et de briques sur une épaisseur variable d'environ 3,80 m. La fondation comprend trois assises en gradins de blocs calcaires disposés en boutisses sauf à l'approche de la tour de flanquement où leur disposition et leur épaisseur s'adaptent pour épouser au mieux l'ancienne tour et rétablir un niveau cohérent avec le reste de la maçonnerie. Puis, le parement extérieur se compose d'une assise de retrait en blocs calcaires disposés en boutisses sur laquelle sont montées six assises de briques placées en panneresses (disposées en long dans la maçonnerie) pour les deux premières et la dernière et en boutisses pour les trois autres. Une assise de briques réduites de moitié dans leur épaisseur est notable entre l'empattement et la première assise de briques. Le parement est ensuite monté de grès disposés en carreaux sur trois assises. Ces derniers pourraient être des remplois issus du parement extérieur du premier état et récupérés lors de la mise en œuvre du second état. L'ensemble est conservé sur environ 2,50 m de hauteur.

En coupe, une distinction est faite entre le blocage venant se greffer à la courtine médiévale constitué de blocs de calcaire puis d'une épaisseur de briques avant le parement et le blocage venant s'appuyer sur la tour de flanquement, sa fondation et sa première assise d'élévation, comprenant uniquement des briques reposant sur des blocs de calcaire, le but étant de récupérer le niveau de la courtine.

 

 

Ce second état se montre difficile à dater pour le moment, en l'état des connaissances. Un laps de temps relativement important semble s'être écoulé entre les deux états de construction. Une hypothèse serait de considérer cette réfection comme étant le fait d'une volonté de réaménagement des quais du Rivage, implantés sur la Basse-Deûle, dont l'existence est déjà mentionnée dans les textes du XIIIe siècle. Ce second état pourrait se révéler être plus ou moins contemporain du démantèlement du dernier quart du XVIe siècle. Toutefois il convient de rester pour le moment prudent, les sources recensant un nombre important de réfections, réparations et modifications apportées au château et ce déjà depuis la fin du XIVe siècle.

 

 

Delphine Cense-Bacquet, Responsable d'opération

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Rapport final:

Rapport final d'opération

Rapport disponible auprès de la DRAC Hauts-de-France, Service Régional de l'Archéologie

Epoque:
  • Moyen Âge
  • Bas Moyen Âge
  • Moderne
  • Contemporain
Superficie:
170 m²
Aménageur:
Foncière SVH
Plan du site de fouilles: